La Bataille du Granique , les Sources

Publié le par Tréguier

La bataille du Granique :
les sources historiques
Il n'y a pas de texte perse sur cet affrontement entre les Perses, qui étaient en très nette infériorité numérique et levées en hâte par les commandants locaux (les "Satrapes") et les troupes d'Alexandre, vétérans rompus aux guerres grecques.

Les forces en présence.

Soldats présents à la bataille
Alexandre Perses
Cavalerie
5000 15000
Hoplites
22000 8000
Peltastes
13000 9500

 
Voici un extrait de l'Anabase, d'Arrien, qui raconte la bataille d'Issus.
"La-dessus, il envoya Parménion prendre le commandement de l'aile gauche et lui, personnellement, passa à l'aile droite. Il plaça en avant de la droite Philotas, fils de Parménion, avec la cavalerie des compagnons, les archers et les Agrianes[1] armés du javelot. A côté de Philotas, il plaça Amyntas fils d'Arrabaios, avec la cavalerie des lanciers, les Péoniens[2] et l'escadron de Socrate. Ils étaient flanqués des hypaspistes[3] des Compagnons, sous le commandement de Nicanor, fils de Parménion. Ensuite venait la phalange[4] de Perdiccas fils d'Oronte, puis celle de Coinos, fils de Polémocrate, puis celle d'Amyntas fils d'Androménès; ensuite, ceux que commandait Philippe fils d'Amyntas. A l'aile gauche, venait en premier lieu la cavalerie thessalienne, commandée par Calas fils d'Harpale; puis la cavalerie alliée[5] , sous le commandement de Philippe, fils de Ménélas; ensuite les Thraces[6] , sous le commandement d'Agathon; ils étaient flanqués par l'infanterie (la phalange de Cratère, celle de Méléagre et celle de Philippe) qui s'étendait jusqu'au milieu de l'ensemble du dispositif [7] .
Les cavaliers perses[8] étaient vingt mille; les fantassins étrangers mercenaires[9] , un peu moins de vingt mille. Dans leur dispositif, la cavalerie bordait le fleuve sur un vaste front; l'infanterie était derrière la cavalerie [...]. Face à l'endroit où ils voyaient Alexandre en personne (il était aisément reconnaissable à son armement éclatant et à l'empressement de son entourage à le servir) tourné vers leur propre gauche, là ils massèrent des escadrons de cavalerie bordant la rive. [Alexandre donne l'ordre de traverser le fleuve malgré la présence des Perses]. Le résultat, d'ailleurs, était que les hommes d'Alexandre avaient déjà l'avantage, non seulement du fait de leur force et de leur expérience, mais parce qu'ils combattaient avec des javelines en cornouiller[10] contre des javelots. [épisode au cours duquel Cleitos sauve la vie d’Alexandre]. Les Perses à partir de ce moment, étaient frappés de tous les côtés [...]. La cavalerie perse eut environ mille tués. [épisode du massacre des mercenaires grecs au service des Perses]."
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On comprend mieux le récit en voyant cette photo du site actuel... On aperçoit bien, sur la droite, un talus semblable à celui qu'Alexandre et ses hommes ont du escalader avant de se jeter sur les rangs perses. 

Le Granique aujourd'hui

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Voici un autre extrait, tiré cette fois de l'Alexandre de Plutarque, bien postérieure
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" Pendant ce temps les généraux de Darius[11] avaient rassemblé une grande armée et l'avaient rangée en bataille au passage du Granique [...]. Mais la profondeur du fleuve et le rude escarpement de la rive opposée, qu'il fallait gravir en combattant, effrayaient la plupart des soldats [...] et il [Alexandre] se jeta dans le fleuve avec treize escadrons de cavaliers. En s'élançant au devant des flèches vers une position abrupte, couvertes d'armes et de chevaux, au milieu du courant qui l'entraînait et risquait de le submerger, il semblait diriger son armée avec une folle témérité plutôt qu'en général avisé Cependant il s'obstina à passer et atteignit au bout de beaucoup d'effort et de peines l'autre bord du fleuve [...]. Aussitôt il fut obligé de combattre en plein désordre, homme contre homme avec les ennemis qui l'attaquaient, avant que ses troupes qui traversaient eussent pu prendre une formation quelconque. Les Perses chargeaient en poussant des cris, et, opposant cheval à cheval, frappaient de la lance puis de l'épée, quand leur lance était brisée.Une foule d'ennemis assaillait Alexandre, reconnaissable à son bouclier et au panache de son casque, de chaque côté duquel se dressait une aigrette d'une grandeur et d'une blancheur remarquables. Une javeline l'atteignit au défaut de la cuirasse, mais sans le blesser.Les généraux Rhoesacès et Spithridatès l'attaquant ensemble, il esquiva le second et prévint Rhoesacès, mais la cuirasse de celui-ci retint le choc de la lance qui se brisa; il eut alors recours à son épée. Comme ils étaient aux prises, Spithridatès, faisant avancer son cheval contre le flanc d'Alexandre, se dressa brusquement et lui asséna un coup de son cimeterre barbare, arrachant ainsi son panache avec l'une des aigrettes; le casque résista péniblement et de justesse, et le tranchant du cimeterre effleura le haut des cheveux.  Comme Spithridatès se soulevait à nouveau pour frapper un second coup, Cleitos le Noir le devança et lui transperça le corps de sa javeline. Au même instant Rhoesacès aussi tomba, tué par l'épée d'Alexandre. Tandis que la cavalerie livrait ce dangereux combat, la phalange macédonienne traversait le fleuve, et les deux infanteries en venaient aux mains. Mais celle des Perses n'offrit pas une résistance vigoureuse, et ne tint pas longtemps; elle tourna le dos et s'enfuit à l'exception des mercenaires grecs, qui se massèrent au flanc d'une colline et demandèrent à Alexandre de leur garantir la vie sauve. Mais lui, obéissant à la colère plutôt qu'à la raison, les chargea le premier [...]. C'est alors que tombèrent presque tous les soldats qui furent tués ou blessés ce jour-là, parce qu'ils avaient affaire à des hommes aguerris et luttant en désespérés. On évalue les pertes des Barbares à vingt mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers. Du côté d'Alexandre, au dire d'Aristobule, il n'y eut en tout que trente-quatre morts, dont neuf fantassins. Le roi leur fit ériger des statues de bronze, dont il confia l'exécution à Lysippe[12] . Voulant associer les Grecs à la victoire, il envoya aux Athéniens en particuliers trois cents des boucliers pris à l'ennemi, et il fit graver sur l'ensemble des dépouilles cette glorieuse inscription: "Alexandre fils de Philippe, et les Grecs, à l'exception des Lacédémoniens, ont fait ce butin sur les Barbares qui habitent l'Asie.""


Notes

[1] Peuple installé entre les hautes vallées du Strymon et de l'Axios subjugué par les Macédoniens. Ils fournissaient en tant qu'alliés des contingents à l'armée macédonienne. Ils étaient entre autres de redoutables cavaliers auxquels Alexandre avait recours pour des actions difficiles.
[2] Peuple proche des Agrianes. Comme ces derniers, les Péoniens étaient rentrés avec leur dynaste dans l'orbite macédonienne, de ce fait ils fournissaient des contingents à l'armée.
[3] Infanterie d'élite macédonienne qui fournissait la garde royale à pied.
[4] Formation de fantassins.
[5] Les Alliés de la Ligue de Corinthe.
[6] Peuple non-grec installé à l'est de la Macédoine jusqu'aux Détroits. La Thrace a été incorporée à l'Empire macédonien par Philippe II en 340.
[7] Les personnages qui viennent d'être cités sont tous des aristocrates macédoniens. Ces derniers, en effet, occupaient tous les postes de haut commandement.
[8] Les cavaliers perses étaient réputés pour leur courage. Ils étaient recrutés dans l'aristocratie perse et se battaient avec la javeline à courroie.
[9] Parmi lesquels il y avait de nombreux Grecs.
[10] Bois à la fois souple et résistant avec lequel on fabriquait les hampes des lances et des javelots.
[11] Souverain de l'Empire perse; il appartient à la dynastie des Achéménides.
[12] Sculpteur favori d'Alexandre

Publié dans Les deux armées

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