Les macedoniens avaient-ils un "uniforme"?

Publié le par Tréguier

 

 

Existait-il un uniforme macédonien ?

 

 

 

En fait, pas vraiment.

Mais il existait une relative uniformité due à un choix limité de couleurs et de tissus.

 

La couleur rouge est attestée par les historiens et contemporains, ce qui est relativement facile à comprendre : le rouge est une vraie couleur (par rapport à l’écru, au blanc et au marron, couleur trop naturelles) et avait déjà à l’époque, chez les Grecs, une connotation martiale qui allait plus tard, grâce aux Romains, devenir universelle.

 

Mais le vert est aussi une possiblité, car il est facile à obtenir, par le jeu de décoctions de plantes et de certains sels. Pour les hommes les plus pauvres, ou les guerriers de l’arrière des Agema (les Phalanges), les plus inexpérimentés et les plus pauvrement équipés, il est possible aussi d’imaginer des couleurs plus « civiles », et assez brutes, comme l’écru, le beige, le marron et, sans doute aussi, quoique moins probable- le blanc.

 

 

 

L'écru semble aussi avoir été une constante dans les rangs hellénistiques,

comme semble l'attester cette image du film "Alexandre"

 

 

Toutes les autres couleurs (en dehors du rouge et du vert, et des couleurs « civiles » citées) sont des couleurs peu probables car elles sont très chères. Le bleu, obtenu par certaines fleurs, ne tenait pas facilement et détégnait très vite, le jaune (du moins un jaune qui ne fasse pas trop pisseux) était très difficile à obtenir, comme les autres couleurs nobles : le pourpre et le violet. Elles étaient réservées aux plus puissants gradés. Et en aucun cas, ne pouvaient être portées par les hommes du rang.

 

Cela dit, ces limitations ne valent que pour le début de la campagne, car les périgrinations de Macédoniens à travers toutes l’Asie ne leur ont permis d’échapper au choix limité qu’offrait leur pays. Au contraire, ils ont pu apprécier toutes les richesses des pays conquis. Ainsi, à Suse, explique Plutarque, Alexandre mit la main sur l’équivalent de 5000 talents (une somme énorme) de teinture pourpre. Il en équipa ses Compagnons et continua de demander aux cités de Ionie de leur fournir du pourpre marin pour leurs tuniques

 

 

 

 

 

 

Une image qui donne une idée de la splendeur des habits de l'amée d'Alexandre après la prise de la capitale perse.

 

 

De plus, l’armée Macédonienne était constitué d’un noyau de phalangistes, mais comprenait aussi des peuples alliées, cavaliers Péoniens, frondeurs et archers rhodiens, troupes légères agrariennes, auxiliaires Thraces, dont les coutumes différaient plus ou moins de celles de compagnons d’Alexandre. Les Thraces, par exemple, adoraient les couleurs vivres, et cousaient des bandes de couleurs sur leurs tuniques. De plus ils portaient des sortes de pantalons, un peu comme les braies des Celtes, et arboraient des bouliers particuliers, souvent richement décorés (des « pelta »). Tout cela devait donner l’aspect d’une troupe colorée, à l’aspect plutôt disparate, d’où émergeait une forêt de piques, cœur du « système ». 

 

 

 

 

 

 

 

La forêt de piques macédonnienne

 

Les commandements macédoniens accordaient sans doute plus d’attention aux armes elles-mêmes, qui devaient, comme en attestent les découvertes récentes, être quasiment standardisées pour les phalangistes et certaines troupes spécialisées, comme la cavalerie et les hypaspistes. Les piques étaient en effet commandées et livrées au pouvoir royal par des ateliers quasi nationalisés, qui standardisaient leur production pour soutenir la cadence des commandes.

 

Même système pour les boucliers, et même tedance accentuée au fil du temps puisque Alexandre réoganisa son armée après l’aventure indienne et transforma les régiments provinciaux en Agema. A cette occasion il demanda à certains agema de polir leurs boucliers. D’autres furent teints en cuivre ou d’autres couleurs. C’est pourquoi nous trouvons des argyraspides (boucliers d’argent), Chrysaspides (boucliers décorés), Chacaspides (boucliers de bronze) et même des Peltasts (bien qu’ils ne portent pas le Pelta (bouclier en forme de lune des troupes légères).

 

Cette uniformisation s’est peu à peu accentuée avec les successeurs, contrairement à ce que s’était passé dans les siècles précédents chez les Grecs, où la décoration des boucliers n’existait que pour exalter la courage et la valeur de son propriétaire et pas son appartenance à une faction ou à une autre. Le seul exemple historique d’uniformité dans les équipements militaires était celui des Spartiates, qui par soucis de nivelement des hommes et d’économie, portaient des casques standard, des jambières identiques, des épées semblables et des boucliers uniformes, sigles du célèbre « lambda ». Et pour les habits, même pratique : des capes… rouges ( !) depuis des siècles…

 

Une vision d'artiste des Spartiates lors de la bataille des Thermopyles

 

 

Quant aux casques, c’est la grande question. Presque toutes les pièces retrouvées (et les représentations en ronde-bosse sur les tombes) les montrent peints en rouge, en jaune, en bleu ou en pourpre, certains même avec des parties en noir.

 

Les amateurs de wargames qui veulent se constituer une armée de Macédoniens doivent avoir cela en tête lorsqu’ils entament leur peinture

 

Publié dans Les deux armées

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