L'exploit qui a inspiré Alexandre

Publié le par Tréguier

L'ANABASE, un "Thriller" antique

Ce qui a poussé Alexandre à franchir la mer de Marmara et à prendre pied en Asie n'est pas l'appel au secours des cités grècques d'Asie : cet appel au secours était régulier et ne perturbait pas la vie politique grecque jusq'alors. Mais le Roi de Macédoine en a fait le pretexte d'une conquète d'un empire qu'il savait affaibli.

En qui était-il affaibli? La Perse régnait alors sur un quasi continent qui partait du golfe persique jusqu'a ce qui est aujourd'hui la Crimée, des rives de l'Indus jusqu'aux rivages de la méditerrannée. Au moins une quinzaine de millions d'habitants, ce qui en faisait, sans conteste, le plus grand empire de son temps, dans cette partie du monde.

Mais quelques années auparavant, l'empire perse avait été déchiré par des batailles sanglantes entre factions. Certaines d'entre elles, très riches, avaient fait appel à des mercenaires grecs. Ceux-ci s'étaient illustrés par leur combativité et avaient déjà assis la réputation, chez les perses, des Grecs. La phalange, sans être macédonienne (c'est à dire avec des piques de 6 mètres de long), avait fait ses preuves et montré la supériorité de la discipline sur le nombre.

 

Les "Dix mille" devaient ressembler à cela...

 

Le récit d'une bande de mercenaires

L'épisode le plus célèbre se passe après la mort de Darius II, en 404. Son fils Artaxerxes II monte sur le trône, au grand déplaisir de son frère, Cyrus le Jeune, qui complote. Plutôt que de l'éliminer, et sous la pression de leur mère, Artaxerxes II le fait commandant de Sardes, grande ville et place forte importante.

C'est là qu'il décide de renverser son frères. Pour cela, il fait appel à des mercenaires grecs, desoeuvrés depuis la fin de la guerre du Péloponnèse. Les volontaires affluent et au bout de quelques mois, Cyrus peut aligner un corps expéditionnaire de dix mille huit cents hoplites auxquels il faut ajouter deux mille trois cents soldats armés à la légère et quarante cavaliers. Ils sont majoritairement originaires du Péloponnèse (Arcadiens, Achéens, Lacédémoniens et Argiens), les autres étant Thessaliens ou Thraces, Crétois ou Rhodiens et, en petit nombre, des Béotiens et des Athéniens. Parmi eux, l'écrivain athénien Xénophon, qui s'était engagé dans l'aventure pour répondre à la demande de son hôte et ami, le Béotien Proxène. Ces mercenaires sont envoyés conquérir la Cilicie, mais en chemin, il les dévie sans les prévenir vers l'Euphrate. Et cent quarante-trois jours après leur départ en campagne, il leur révèle alors l'objectif véritable de leur expédition : renverser le pouvoir. Ceux-ci s'indignent mais devant les difficultés d'un retour enpays hostile et devant les promesses de butin que leur fait Cyrus le Jeune, ils décident de continuer.

 

 

Une Victoire... et une retraite

A Cunaxa, en 401, à moins de 100 kilomètres de Babylone, Artaxerxès recontre Cyrus et ses Grecs. L'armée perse, immense, est rapidement mise en déroute. Mais, coup du sort, Cyrus est tué en pleine bataille. C'est une catastrophe pour les Grecs, qui se retrouvent isolés, sans protecteur ni employeur au coeur de l'empire perse, et à plus de 1000 kilomètres d'un port leur permettant de rejoindre leur patrie.

Surveillés par le général en chef perse, Tissapherne, les Grecs font retraite en bon ordre, ayant reçus l'autorisation de se retirer par Artaxerxés, qui ne souhaite pas conserver dans ses pattes ces combattants hors pair. Mais Tissapherne tend un piège aux généraux grecs, qu'il massacre. Les Dix mille, sans chef, demandent alors au jeune Xenophon, le seul vrai lettré de leur troupe, de faire partie de leurs commandants. Avec lui, ils vont traverser la Syriue, la Babylonie, l'Arménie, ils arrivent à la Mer Noire, aux environs d'une ville qui aujourd'hui s'appelle Trabzon. En deux cent quinze étapes, les Grecs avaient parcouru, la plupart du temps à pied, onze cent cinquante-cinq parasanges, soit trente-quatre mille six cent cinquante stades (= 6375,6 kilomètres*)!

La troupe cherchera des bateaux, n'en trouvera pas, se séparera en plusieurs factions (les Spartiates, désormais alliés des Perses, feront bande à part, puis les Arcadiens et les Achéens). Les survivants (cinq mille hommes environ), seront enrolés à Pergame par un général lacédémonien, Thibron, pour y faire la guerre aux satrapes Pharnabaze et... Tissapherne. C'était en mars 399. C'est là que Xenophon les quitte, rentre au pays, ou il écrit, quinze ans après cet exploit, son Anabase, récit de l'épopée des "Dix mille" 

 

 

 

Un soldat grec sur une stèle funéraire de l'époque

 

Un exploit qui a inspiré Alexandre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ville de Pergame (Musée de berlin),  où les Dix mille se dispersèrent

 

Ces hommes, qu'on a fini par appeler les "Dix mille", Alexandre n'a pas pu les rencontrer mais il a lu et relu leurs exploit, s'impregnant du récit de Xenophon. Fasciné par la diversité des peuples barbares sujets du Grand Roi, il s'intéressa aussi à la fragilité de l'autorité du Grand Roi sur la plupart de ses territoires, les tribus se contentant souvent de lui verser tribut. A-t-il été dupe des effectifs "pharaoniques" annoncés par Xenophon (sans doute pour augmenter encore la valeur des victoires remportées)? A-t-il remarqué, à la lecture de l'ANabase que les Grecs n'avaient rencontré dans leur retraite que les peuples soumis et rarement l'armée perse elle-même? Sans doute. Mais il a fini par se convaincre que l'empire Perse était poreux et fatigué, et qu'une armée mobile, disciplinée et inspirée pourrait y faire des miracles. La suite, on la connait...et vous la retrouverez en récit dans ce site!

La phalage grecque avant "l'invention" de la phalange macédonienne

Un extrait de l'ANABASE

" Je disais donc que nous avions de nombreuses, de magnifiques chances de salut. D'abord nous confirmons par nos actes les serments que nous faisons aux dieux, tandis que nos ennemis ne sont que des parjures et qu'ils ont rompu la trêve, contrairement à leurs serments. Puisqu'il en est ainsi, il est naturel que les dieux soient les adversaires de nos ennemis et qu'ils soutiennent notre cause, ces dieux qui sont capables d'humilier en un clin d'oeil les grands et de sauver les humbles, même dans les plus grands périls, quand telle est leur volonté. Ensuite, car je vais vous rappeler les dangers que coururent nos ancêtres, pour que vous sachiez combien il vous sied d'être des braves, et qu'avec l'aide des dieux les braves se sauvent même des périls les plus effrayants. Quand les Perses, en effet, et ceux qui les accompagnaient vinrent en nombre immense pour anéantir Athènes, les Athéniens osèrent leur tenir tête tout seuls, et ils les vainquirent. [...] Plus tard, quand Xerxès eut réuni son innombrable armée et qu'il marcha contre l'Hellade, encore une fois alors nos ancêtres vainquirent les ancêtres de ces gens-ci et sur terre et sur mer. On peut voir dans les trophées des témoignages de ces victoires, mais le plus grand témoignage que nous en ayons, c'est la liberté des cités dans lesquelles, vous autres Grecs, vous êtes nés et avez grandi : aucun homme, en effet, n'est adoré par vous comme étant votre maître, vous n'adorez que les dieux seuls. Voilà les ancêtres dont vous êtes les fils."

Xénophon, Anabase, III, II, 10-13

Il existe sur le Web plusieurs sites où l'on peut trouver les oeuvres de Xenophon en Français. Sur celui qui est indiqué plus bas, vous pourrez retrouver quatre oeuvres majeures du grand écrivain. Pour accéder à l'ANabase, allez simplement en bas de la page d'accueil et cliquez sur le chapitre de l'Anabase que vous souhaitez lire.

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/index.htm

 

 

 

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